preload
jan 26

L’ESPERLUETTE

architecture, flexions Commentaires fermés

L’esperluette est cette lettre : & ,qui est utilisé surtout dans le monde industrielle, et qui les américains se sont appropriés.

Lorsque Gutenberg invente les «types» de la typographie, son principe s’applique à l’écriture gothique textura prédominante dans son environnement (la vallée du Rhin), dont il tente d’établir le facsimilé. Il en reproduit donc les ligatures et les abréviations. La gothique textura destinée aux livres e ́tant statique, les liaisons se font par contact.
En Italie, les prototypographes formés par Gutenberg auront d’autres modèles à imiter : la lettre «ronde» des humanistes. Dans l’écriture gothique, le «et » latin est représenté par une note tironienne. Dans son ouvrage sur la « signature », Béatrice Fraenkel relève quelques données permettant de situer ce système sténographique. Cicéron est considéré à Rome comme introducteur des «notes». On considéra, alors, comme un exploit de pouvoir noter la harangue de Caton au Sénat. En fait c’est l’affranchi de Cicéron, Tullius Tiron, qui mit au point ces «notes» qui portent son nom ; lorsque, plus tard, les esclaves-scribes deviendront les notaires, on pourra de ́compter jusqu’à 5 000 « notes » (du temps de Sénéque ). À la fin du IXe siècle les dictionnaires en relèveront 13 000. Elles disparaissent alors pour réapparaître au Moyen Âge. Dans la « casse » qui permet à Gutenberg de composer la Bible dite des 42 lignes (en 1454), le «et » est une note tironienne, alors que dans celle de Nicolas Jenson, à Venise, c’est l’& des humanistes.

L’esperluette doit se situer comme l’une des grandes figures du nœud dont elle «assume», peu ou prou, toute la symbolique. Il y a d’abord l’antique symbole de la tresse et de la torsade (fil, ficelle, cheveux). Originairement, l’entrelacs est un nœud de magie,ou un nœud de mémoire (dont le plus commun est le nœud à son mouchoir).

esperluette et noeudsLe nœud – «poing» d’impact visuel – tel qu’il apparaît dans ce que Vox appelait «une phonétique de l’œil» est un appel à l’attention. Le labyrinthe est l’ultime figure du nœud. C’est un nœud plus complexe, au sens freudien du mot. Il relève ce qui se cache dans les entrelacs du nœud. Mais à l’opposé de ce nœud inextricable il y a le nœud simple à double boucle : le «lac d’amour», la cordelette emblématique, celle par exemple, des armes de Louise de Savoie. Ce nœud métaphorique, c’est l’esperluette – union symbole au et nᵋ degrés de l’union mystique après l’avoir été de l’union physique.

Source : Cahiers GUTenberg n ̊22

Tagged with: